Historique

Un village protestant en Limousin

La population de Villefavard exprime par deux fois ses choix confessionnels : en 1791, le curé qui avait signé la Constitution Civile du clergé, se rétracte après la condamnation papale. Les habitants le chassent.
Dans les années 1830, arrivent dans le village des représentants de la nouvelle Eglise Catholique Française, indépendante de Rome.
Interdite par le gouvernement, son représentant local, l’abbé Lhotte se convertit au protestantisme, entraînant une conversion populaire collective. La voie est ainsi ouverte à la création, quelques années plus tard, de l’actuelle paroisse de l’Eglise Protestante Réformée.

Une ferme modèle

Quelques années plus tard, Edouard Maury (1858-1914) est nommé pasteur à Villefavard où il arrive avec sa femme Sophie, née Monnerat, d’origine Suisse.
Affecté ailleurs, le couple restera très attaché au village et y fera construire d’abord une résidence d’été au lieu dit La Solitude, ensuite une Ferme-modèle et un Temple protestant dans le bourg.
Cette série d’édifices résulte de la commande unique d’Edouard Maury auprès de Frédéric Bosshard, architecte né en Suisse et diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Ce faisant, il agit en entrepreneur et en philanthrope.

Dans cette région pauvre du Limousin, la Ferme est alors une exploitation d’avant-garde, destinée à donner l’exemple d’une rationalisation de l’exploitation agricole. Dans sa nouvelle résidence, la Villa La Solitude, il accueillera artistes peintres, graveurs et musiciens. Il y installera un orgue Cavaillé-Coll, classé Monument Historique et qui se trouve dans le Temple depuis 1947.

Les deux filles d’Edouard continueront la tradition de mécénat social et artistique :
Geneviève (1886-1956) germaniste et amie de Romain Rolland, grâce à ses traductions, contribuera à faire connaître au public français Hermann Hess et Thomas Mann. Elle épousera le chef d’orchestre Charles Münch.
Juliette Ebersolt (1889-1982) excellente violoniste, poursuivra cette œuvre culturelle en initiant à la musique nombre d’enfants du village, et en les réunissant au sein d’une chorale qui se produira chaque année avec d’autres musiciens invités. A partir de 1947, date des cent ans de la paroisse protestante, elle inaugure la série des ‘‘concerts de Villefavard’’ qu’elle organisera pendant vingt ans, prenant à sa charge la venue de jeunes musiciens primés et de professionnels confirmés.

La famille élargie favorisera la poursuite de ces concerts annuels dans le temple.
Parallèlement, se crée l’Association des Amis des Concerts de Villefavard destinée à soutenir et à promouvoir cette action culturelle déjà fortement ancrée dans le territoire.

Une base arrière d’exploration des forêts tropicales

La Ferme cesse ses activités agricoles en 1977. Seules les étables à vaches sont louées à un agriculteur jusqu’en 2000. En 1988, Gilles Ebersolt, petit-fils de Juliette Ebersolt, occupe une partie des bâtiments qu’il utilise comme entrepôt et atelier. La Ferme de Villefavard devient alors le point de départ des expéditions du radeau des cimes vers la Guyane, le Brésil, le Cameroun, le Gabon. Ces missions scientifiques sont dirigées par le botaniste Francis Hallé et seront médiatisées auprès du grand publique. Des essais de vol sont menés autour de la Ferme.

Un lieu de création artistique

En 2000, deux des descendants directs d’Édouard Maury : Jérôme Kaltenbach et Gilles Ebersolt, tous deux petits-fils de Juliette Ebersolt, deviennent propriétaires de la Ferme par le biais d’une SCI. Ils souhaitent sauver les bâtiments alors abîmés, en leur trouvant un autre usage. Jérôme Kaltenbach est alors chef d’orchestre et Gilles Ebersolt architecte et enseignant chercheur. Les deux cousins unissent leurs compétences pour sauver et transformer les lieux. La grange est transformée en auditorium. L’acoustique est signée Albert Yaying Xu, acousticien de renommée internationale qui a notamment réalisé l’acoustique de la Grange du Lac à Évian, de la Cité de la Musique à Paris, de l’Opéra de Pékin, des Philharmonies de Copenhague et de Luxembourg. Des lieux d’hébergement sont aménagés. C’est ainsi que la vocation de la Ferme de Villefavard s’inscrit sous l’égide des pratiques musicales initiées par Juliette Ebersolt quelques décennies auparavant. Annie Baud Kaltenbach et Régine Ebersolt fondent l’association Ferme Édouard Maury qui deviendra association Ferme de Villefavard en Limousin.
Très vite la qualité de l’acoustique et la singularité des lieux font la renommée de Villefavard. La Ferme de Villefavard s’inscrit dans le paysage musical français comme un des lieux incontournables en matière d’enregistrement discographique et de résidence de création.

Un Centre culturel de rencontre

Après 20 ans d’existence, l’ambition de l’association Ferme de Villefavard en Limousin est de poursuivre le développement du projet dans le cadre donné par le label Centre culturel de rencontre, en s’attachant à faire la synthèse des identités multiples du lieu, de son histoire et de son territoire.